S’étendant de 1701 à 1800, il débute sous les dernières années du règne de Louis XIV, avant de se poursuivre sous ceux de Louis XV et de Louis XVI.
Effervescence créative, diversité des silhouettes, richesse des étoffes, exubérance des parures et des coiffures, c’est la fin d’un modèle vestimentaire féminin hérité des siècles précédents. Nos aristocrates deviennent les premières influenceuses. Toutes les grandes cours d’Europe s’en inspirent.
Alors que les vêtements d’hommes et de femmes étaient jusque-là l’apanage de tailleurs masculins, Louis XIV juge que les femmes ont le droit d’être habillées par des femmes. Il ouvre les ateliers de création et de confection aux couturières. Les marchandes de mode (constituées en corporation en 1776) ajoutent des ornements à leurs créations (passementerie, dentelles, rubans…). Naît alors la robe à la française (caractérisée par son drapé et les doubles plis plats qui ornent son dos et par ses jupons élargis par des cercles d’osier). Elle s’impose pendant plusieurs décennies et devient emblématique de l’élégance féminine au milieu du 18e siècle. Elle est toutefois concurrencée par la robe à l’anglaise qui a un dos plus ajusté et un petit panier au bas des reins offrant une plus grande liberté de mouvement.
Les tissus reflètent les goûts de l’époque. Celui de la nature, lié à une connaissance accrue de la faune et de la flore. Celui de ce qui vient « d’ailleurs. »
Des cotonnades appelées « indiennes » se répandent en Europe et en France. Des étoffes légères aux décors colorés et variés, commercialisées par les Compagnies des Indes. Leur succès est tel que le pouvoir royal les interdit dès la fin du XVIIe siècle afin de protéger les manufactures françaises, les rendant encore plus désirables.
En même temps, à Jouy-en-Josas, Oberkampf développe la célèbre toile de Jouy, un tissu imprimé à la main représentant des scènes de vie et des paysages.
La mode du XVIIIe siècle, un héritage fantasmé ?
C’est ce que veut démontrer cette magnifique expo au Palais Galliera. La mode du siècle des lumières n’est plus seulement une référence historique. Elle est devenue une esthétique à part entière.
Bien sûr, l’expo fait la part belle aux « robes d’époque » en réunissant des dizaines de silhouettes, accompagnées d’accessoires, de textiles, de tableaux. Un corset de la dernière reine de France, extrêmement fragile, y est exceptionnellement présenté.
Le XVIIIe a longtemps été déconsidéré, rejeté. Mais la mémoire collective a transformé ce passé en un récit esthétique et culturel.
Après la Seconde Guerre mondiale, la couture française, en recherche de légitimité pour s’imposer sur le marché international, se tourne à nouveau vers les savoir-faire du luxe développés 2 siècles plus tôt.
La diffusion massive des images par la presse et le cinéma transforme cet héritage en un code visuel immédiatement identifiable par la culture populaire.
L’exposition nous présente donc également des tenues iconiques de la création contemporaine.
Aujourd’hui, ce siècle évoque spontanément la joie, la liberté et une certaine fantaisie.
Son esthétique flirte même avec les univers kitsch et queer.
D’ailleurs, la prem’s à avoir vu le potentiel « pop culture » de la cour de Louis XVI, c’est la réalisatrice Sofia Coppola. Et le Château de Versailles va fêter en grandes pompes, au Petit Trianon (of course), en septembre, les 20 ans de son Marie-Antoinette. Ses choix des décors, des costumes « entre rigueur historique, audace contemporaine et raffinement pastel » ont définitivement propulsé la reine, première fashionista, au rang d’icône pop.
Quant à nous, nous avons toutes dans nos dressings estivaux de quoi la jouer « grand siècle ». Alors ayons du panache même en tongs. Jouons les élégantes, sortons les éventails. Soyons les reines des bals des pompiers. Et puis, abusons de la brioche si cela nous sied sans pour autant en perdre la tête.
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