Faire du neuf avec du quand on est vieux.
Alors, quoi de neuf ? Cette question anodine remplace parfois le banal : « ça va ? »quand on croise un ami ou qu’on l’a au téléphone. Le plus souvent, on répond : « Pfff rien » avec un petit pincement dans la voix. Et même, si on veut vraiment enfoncer le clou du regret : « Que du vieux ».
Ce « quoi de neuf » = un coup de vieux ?
À 15 ans, la réponse pouvait durer plus d’une heure. Vous vous souvenez de quand on tirait le fil de l’unique téléphone fixe de la maison pour s’allonger au sol de sa chambre afin de raconter sa vie à sa BFF que l’on venait de quitter 20 minutes avant.
De 30 à 40 ans, la conversation pouvait durer 15 bonnes minutes : « Les rencontres amoureuses, une carrière qui se construit, la grossesse, les enfants qui ne font pas leur nuit, les ados (une mine d’échanges entre amis)…
Aujourd’hui, cette question me fait soupirer. Comme si j’étais confrontée à la vacuité de ma vie. Dans ma tête, je pense : Rien, rien d’insolite, rien d’original, rien de waouh… La routine, quoi !
Finalement, je finis toujours par me lancer dans une, parfois longue, discussion. Chaque moment de vie étant une petite histoire à raconter quoi qu’il en soit.
Je garde toujours en moi l’obsession du changement, le sentiment de « stagner » me déprime. Chaque nouvel an, je fais une sorte de bilan : Qu’est-ce qui a changé dans ma vie en une année ? Ben : pas grand-chose ! Mais, je crois quoi, en fait ? Que je peux encore tout envoyer balader, changer de vie ?
Je n’en ai même pas envie !
J’aimerais que tout se transforme mais que rien ne se bouleverse.
C’est ce que j’ai voulu illustrer avec ma photo d’ouverture. Grâce à une appli, je me suis affublée de coiffures différentes. Je rêverais changer de tête. Je suis coiffée pareil depuis plus de 30 ans. Ma seule « folie » : Couper soit un peu au-dessus des épaules, soit aux épaules, soit juste en-dessous. À la vingtaine, toutes mes nouvelles expérimentations capillaires se sont soldées par des torrents de larmes.Alors quand j’arrive chez le coiffeur visagiste : « Bon, allez, on change tout, faudrait me dynamiser tout cela. Mais, je veux garder les cheveux longs, pas trop dégradés pour pouvoir les attacher etc. Et, au niveau de la couleur, on fait un petit balayage (ce mot n’est même plus utilisé) comme d’hab ».
J’ai les mêmes amis depuis plus de 30 ans (même s’il m’arrive, toujours, de faire de belles rencontres).
Je me suis même mariée 2 fois avec le même homme.
Rien ne serait plus intense que la nouveauté ?
On confond nouveauté et première fois. C’est vrai que c’était génial les « premières fois ». Il y avait de la surprise, de la découverte. Enfant, plus jeune, elles étaient comme des portes que nous franchissions vers notre vie, vers l’inconnu. Elles étaient puissantes parce que l’on ne savait pas ni comment elles allaient se terminer ni comment elles allaient nous transformer. Aujourd’hui, on a déjà expérimenté tout l’éventail des émotions.
Et puis, dans ces premières fois, il y a aussi de la nostalgie de cet âge où il y en avait tant.
Jeune, je découvrais le monde, aujourd’hui, je le gère.
Mais, je peux aujourd’hui me poser les bonnes questions. N’est-il pas aussi excitant d’apprendre à recommencer… Encore mieux ? D’essayer de continuer de garder un œil neuf ?
Je dois aussi surtout essayer de sortir de mon propre schéma mental. Je suis comme ça et je ne vais pas changer à mon âge.
J’ai même, j’en suis sûre, encore des premières fois, à vivre. Déjà, celle où je serai grand mère qui sera un vrai « live changer ».
Et si un jour, un nouvel homme entre dans ma vie (même si j’ai l’impression qu’il faudrait qu’il tombe d’un arbre), ce ne sera pas mon premier amour. Mais peut-être le dernier, et cela peut aussi être magnifique.
Les dernières fois… Elles ont une richesse énorme en fait. Car, on ne sait jamais qu’elles le sont. Il m’arrive quand je pars en voyage et que je vois la ville s’éloigner sur le chemin du retour vers l’aéroport de me dire que je ne reviendrai probablement jamais. Je ne cherche pas à plomber mon post. Car, finalement, ce n’est pas tant la prise en compte de ma finitude que de me dire qu’il me reste encore tant de pays à connaître.
Alors, prenons ce bon vieux cliché de développement personnel : « Vivons chaque jour comme si c’était le dernier ».
La nouveauté, c’est l’inattendu.
Avec les années, j’ai aussi le sentiment que ce qui me manque est ma capacité, ma disponibilité à être surprise. Je suis plutôt du style à tout planifier, organiser, structurer…
Ce qui ne m’aide pas à être capable de me saisir de l’inattendu.
Parce que l’inopiné ne va pas venir sonner à ma porte. Il va vraiment falloir que je fasse un effort (et que je secoue les arbres :)). Je suis capable de refuser une invitation de dernière minute car non prévue dans mon agenda mental ou pire refuser un dîner le soir de la finale de la Star Ac. (sans l’avouer bien sûr). Et même pour un événement, un anniv que j’attendais avec joie, je peux être prise d’une énorme flemme au moment de me faire l’œil me disant que je serais si bien sur mon canapé à mater une bonne série Netflix. Pourtant, je sais que je passe toujours de bons moments une fois que j’ai passé le pas de ma porte.
Heureusement, les beaux jours qui arrivent vont m’aider dans ma lutte contre mon penchant casanier.
« N’oublie pas que la réalité est changeante, n’oublie pas que du nouveau peut surgir et de toute façon va surgir. »
Allez, je vous laisse, le printemps, saison du ReNouveau est en ligne de mire.
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