20 ans !

Pourquoi nos 20 ans nous fascinent ?

Pendant le confinement, ce sont multipliés sur les réseaux sociaux des clichés de nous à 20 ans. Même les stars s’y sont mises avec le Me At 20 challenge. L’ensemble des commentaires sous ces posts peut être résumés par  » Waou, la bombe ».

Nos 20 ans, ils nous font toujours rêver. Pourquoi? Une valeur refuge dans ce contexte anxiogène? Un âge qui évoque l’insouciance, la légèreté. Alors que dans le fond, on sait que c’est faux. Nous étions loin d’être si sereines que cela à cet âge-là.

 20 ans : un âge mythique ?

20 ans symbolisent la jeunesse. Celle que l’on croit éternelle. Certains continuent même de fêter leurs 40 ou 60 ans en s’y référant. J’ai 2 fois, 3 fois 20 ans…

20 ans, l’âge des possibles. Où tout est devant ! Un seuil entre une adolescence pas toujours épanouissante et un âge adulte qui va devenir celui des compromissions, des petits arrangements avec ses idéaux. Un âge que l’on regrette toujours. La nostalgie ayant effacé tous les doutes, les craintes que nous vivions alors.

 

 » Hier encore, j’avais vingt ans, je gaspillais le temps
En croyant l’arrêter
Et pour le retenir, même le devancer
Je n’ai fait que courir et me suis essoufflé
Ignorant le passé, conjuguant au futur. »
Charles Aznavour.
Nous avions 20 ans
Notre sang nous chantait des folies
Et nous chantions au rythme fou de notre sang qui nous brûlait
Nous avions 20 ans
Nous venions de découvrir la vie
Et nous voulions mourir d’amour ou vivre en nous aimant.
Boris Vian
Avoir 20 ans, c’est gratter sur des guitares
Des accords faux qu’on oubliera plus tard
Avoir 20 ans, c’est jusqu’au matin
Refaire le monde même si ça change rien
Avoir 20 ans, c’est rêver tout haut
Que le monde est beau
Même si on sait bien qu’c’est faux
Gérard Presqurvic  (Comédie musicale Roméo et Juliette)

 

Qui étais-je à 20 ans ?

Je m’en souviens en fait si peu. Quels étaient mes rêves, mes tourments?

Je reconnais à peine cette jeune fille/femme sur cette photo décolorée par les années. Pourtant il y a quelque chose d’elle qui est profondément moi.

Je me souviens me sentir si vieille « grande ». Pourtant quand je regarde ma fille qui a encore 20 ans pour quelques jours, je vois toujours une enfant. (Et quand je pense que j’ai écrit un post sur ses 18 ans, il y a 3 ans déjà, je n’en reviens pas  : Mini-me a 18 ans).

J’ai le sentiment d’être une contradiction en fait. Pouvant m’appliquer certains adjectifs et leur contraire.

Exaltée mais prudente. Anxieuse mais insouciante. Fière et manquant de confiance en soi. Excessive et parfois trop prudente. Envie de bouffer le monde et peur d’être avalée toute crue.

Mes émotions sont tellement à fleur de peau.

Je me souviens de cette peur que je ne serais pas à la hauteur. Mais à la hauteur de quoi, je ne le sais pas.

Je flippe de faire les mauvais choix, de me fermer des opportunités à tout jamais, de passer à côté de ma vie.

Et en même temps, je suis prête à foncer, à profiter de tout.

Dans le fond, ai-je vraiment changé? Tout est continuation.

Et si j’ai changé, finalement pas autant que le monde autour de moi.

 

Le décor de mes 20 ans. 

Nous sommes en 1982. J’ai 20 ans comme Demi Moore, Marc Lavoine, Lio, Tom Cruise…

Je vis toujours chez ma mère et mon beau-père. Je suis en troisième année de gestion à Paris-Dauphine. Où je me délecte d’être entourée de 80% de garçons après une scolarité, pourtant dans le public, entièrement féminine. Je vais à la biblio quand j’ai besoin de consulter de la doc. Je vis mon rêve américain tous les étés chez mon père fraîchement installé dans le New Jersey. D’où je rapporte des tee-shirts Fruit of the Loom que je mets sous mon gilet à pression Agnès B. Je porte de grosses créoles, souvent un rouge à lèvres trop rouge. Et, je regrette à mort de mettre fait faire une permanente. D’où mes cheveux courts pour la première et dernière fois de ma vie.

Un minitel trône dans le salon familial. Je me vengerais de cette pauvreté high tech quelques années plus tard en participant au lancement publicitaire, dans mon premier job, des innovations de Sony dont le Walkman.

Il y a 3 chaînes de télé. Le samedi soir, je ne donne rendez-vous pour aller au Bus Palladium où je m’enivre de whisky Coca (je ne sais pas encore que 3 verres = bonjour les dégâts) qu’après la diffusion de Dallas (à l’époque, un épisode raté = un épisode foutu). Mais mon émission préférée, c’est Les Enfants du rock qui viennent de voir le jour. Mes parents eux découvrent Champs-Elysées.

Amandine est le premier bébé éprouvette français. Cocorico : Jean-Loup Chrétien part dans l’espace. L’Argentine est en guerre avec l’Angleterre aux Malouines. La France connait ses premiers attentats (dans le train Paris-Toulouse et rue des Rosiers). J’apprends que je pourrais prendre ma retraite à 60 ans. Et je m’en fous totalement.

J’ai voté pour la première fois de ma vie l’année précédente. Vote gagnant. Mitterrand est président. La peine de mort est abolie. Les radios FM décollent. Rose Laurens y chante Africa, Chacun fait c’qui lui plait pour Chagrin d’amour. Et Philippe Lavil tape sur des bambous. Mais sur ma platine, j’écoute plutôt des 45 et 33 tours en anglais. J’ai ce « snobisme » de préférer tout ce qui vient d’outre-Manche ou d’outre-Atlantique. C’est la première fête de la musique.

Je découvre E.T qui veut rentrer à la maison. Mais le vrai extraterrestre de l’année est Mickael Jackson qui décoiffe tout avec le clip deThriller.

Je pleure le désespoir de Patrick Dewaere, ma mère celui de Romy Scheider. Mais j’aime d’amour les acteurs américains comme De Niro, Pacino, Dustin Hoffmann…

Je me suis achetée un justaucorps et des guêtres pour faire de l’aérobic devant une cassette VHS de Jane Fonda. Si j’avais pu imaginer le corps qu’elle aurait à 80 balais passés, j’aurais été plus assidue 🙂

J’ai déjà rencontré celui qui sera 14 ans plus tard le père de mes enfants. On se mariera en 1987. On divorcera en 92. On se remariera ensemble en 96.

 

1982, 20 ans, Jeune Vieillis Pas

 

Quelques mots à la Virginie de 1982.

 

Chère moi,

Tu ne me connais pas encore mais tu sais déjà qui je suis. Je t’envie mais je n’aimerais pas forcement être à ta place.

Ne crois pas tout savoir. En fait, tu ne sais pas grand chose. Et finalement, tout est à découvrir.

N’aie pas peur de faire des erreurs. Elles ne sont pas si graves. Tu as toute l’existence devant toi de toute façon pour vivre plusieurs vie. C’est ce qui va se passer.

Arrête d’en vouloir à la terre entière et surtout à ta mère.Tu verras quand tu le seras toi-même que ce n’est pas si facile.

Je ne vais pas de prévenir des petits et grands malheurs qui vont traverser ta vie. Mais contrairement à ce que tu crois aujourd’hui, les gens que tu aimes ne sont pas immortels. Alors un seul conseil : ne jamais rater de dire à ceux que tu aimes que tu les aimes ou tout au moins leur montrer.

Sois bien consciente que le temps passe si vite. Et même de plus en plus vite (voir sur le blog Mais pourquoi le temps passe de plue en plus vite à mesure que l’on vieillit).

J’ai un vrai reproche à te faire. Ne t’être jamais cru assez… Jolie, compétente, forte…

Mais surtout je te remercie de tout ce que tu m’as donné et qui a permis de construire celle que je suis aujourd’hui. Car le vrai bon côté du vieillissement est que nous sommes riches de tous les âges que nous avons eu.

Je t’embrasse avec toute la tendresse que tu m’inspires.

 

Vous pouvez également lire ce post : Nos 20 ans. 

 

Et vous, vous leur diriez quoi à vos 20 ans ? 

 

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About virginie

25 comments on “20 ans !

  1. Parce qu on ne savait pas qu’on était belle

    • C’est aussi ce qui faisait tout notre charme. Virginie

      • Je ne te remercie pas , je pleure comme une madeleine…..
        Je n ‘ai que peu l’amour du clavier(azerty)mais c’est sur ces années la que j ecrirais le plus)
        20 ans en 82 pour moi aussi, quelques petites années avant la perte de mon papa qui a conditionné le reste de ma vie…
        Merci quand même Virginie pour ces mots tellement justes

  2. Quel bel article Virginie. J’aurais aimé l’écrire. En 1982 j’avais 25 ans..et le même ressenti, la même envie de tout casser en en ayant 1 peur bleue…dommage..j’aurais dû tout casser un peu plus…mais on ne sait jamais.
    C’est nostalgique mais bien réel ce que tu décris et je me dis qu’à presque 63 j’ai encore souvent ces mêmes sentiments mais avec moins de temps devant moi. Quelle chance tu as eu du moins en apparence d’avoir cette opportunité américaine. Et oui on était belles mais tellement peu sûres de l’être. J’aime ces jeunes filles que tu nous permets de retrouver aujourd’hui. Bon week-end ma jolie.

    • Merci beaucoup Martine. Bon dimanche. Virginie

  3. Wahou trop beau, trop bien écrit … j’en ai la chair de poule. Je me reconnais tout a fait dans ce texte. Je suis née en 63 ! Bon dimanche

  4. Merci , merci pour ce retour en arrière nostalgique mais tellement bon..
    A 20ans en 83, je vivais dans l’insouciance que m’avait donné mes parents , toujours si heureux et optimistes! Ne me montrant de la vie que ces bons côtés ..
    Je découvrais l’amour, les joies de la communauté solidaire, les barbecues entre potes , l’autonomie et les voyages…
    J’étais sure que la vie ne me réserverait que de belles surprises et j’avais tellement confiance en l’avenir!

    Aujourd’hui , avec le recul, je me dis que je n’ai pas assez profité des belles années et je regrette juste de ne pas avoir eu , à cette age, pris le temps de savourer, conscientiser et analyser ce que je vivais…
    J’ai donné ma confiance et mon amour inconditionnel à certains qui m’ont tellement déçu …. 20 ans plus tard quand je n’avais plus 20 ans ….
    Beatrice

    • Je pense que nous avons toutes ce sentiment de ne pas en avoir assez profité…

  5. Tellement choutte sur cette photo
    bises

  6. Quel bel article!!!!! Je suis un peu plus âgée mais je me reconnais dans ce petit mot et j’en ai eu les larmes aux yeux. Merci beaucoup ET me revient la chanson freudonnée par Gabin :  » Je sais que je ne saurai jamais « 

    • Cette belle chanson de Gabin écrite par Dabadie…

  7. J’adoooore ta retrospective!!! Je me suis reconnue et pourtant j’ai grandi en Espagne !
    Moi aussi j’ai fait le coup de la permanente (suivie de coupe de cheveux l’après-midi même chez un coiffeur différent, tellement j’ai été horrifiée de me voir tel un mouton irlandais en sortant de chez le premier coiffeur…j’ai quand même essuyé les moqueries de toute ma famille durant le repas de midi de ce jour fatidique)
    Je connaissais aussi déjà mon futur mari et père de mes enfants, avec qui je suis toujours mariée! So frenchie, so exotic!
    J’ai aussi succombé aux VHS de Jane Fonda et je te rejoins sur ta réflexion: j’aurais dû être plus assidue! Elle est sublime dans Grace&Frankie…
    C’est drôle de se retrouver en toi, petite française de 20 ans.
    J’ai tellement de nostalgie pour cette époque où mon seul souci était de réussir mes exams pour avoir des vacances d’été tranquilles avec mon french petit-ami, avec rien à repasser en septembre…Insouciance et jeunesse….je voudrais y retourner.
    J’ai bien aimé découvrir l’ambiance des années 80 à Paris à travers tes souvenirs. Et ta lettre à ton moi de 20 ans est émouvante.
    Comme d’hab, tu donnes à réfléchir avec tes posts. Je suis contente d’avoir découvert ce blog et de te suivre. Merci d’être là et de nous inspirer.
    Maria José

    • Merci beaucoup Maria José. Et on ne peut pas croire une seconde que le français ne soit pas ta langue maternelle.

  8. Joli billet, 20 ans en 81, cela représentait la liberté, la fac de médecine à Nancy, les copains venus d’autres univers Je rentrais tous les weekend puis un sur deux chez mes parents .Toucher du doigt une vie de presque adulte ,mais encore tellement d’insouciance, des certitudes qui s’effaceront et se transformeront au fil du temps .C’étaient de belles années mais la trentaine allait m’en réserver des plus jolies encore.Merci de nous avoir fait remonter le temps en quelques lignes

    • Mes 30 à 40 est de loin ma décennie préférée. Virginie

  9. J’ai eu 20 ans en 86, le début de la déconfiture … on sentait que le bloc de l’est était au bord de l’écroulement et on a eu droit en France au mensonge d’état sur le nuage qui s’arrête à la frontière. Le Sida était prégnant dans les médias, on écoutait de la new wave, je parlais allemand couramment et je passais les concours des écoles de commerce. Je savais que j’allais devoir quitter mon univers familier de province mais je savais déjà ce que je voulais faire et pas faire, j’avais des choses à accomplir. Déjà pas mal. Mais il m’a fallu 10 ans pour comprendre qu’on n’est pas immortel et j’ai aussi manqué beaucoup d’occasions de dire et montrer tout l’amour que j’avais pour ceux qui sont partis trop tôt.
    Moi aussi ma meilleure décennie c’est celle des 30 : celle des accomplissements et des espoirs pas encore complètement douchés. La suivante a été plus douloureuse et l’actuelle est un peu désenchantée : finalement qu’est-ce qui a changé depuis mes 20 ans ? A la fois beaucoup de choses dans les modes de vie mais les problèmes de l’époque sont toujours là : pauvreté, chômage, inégalité homme/femme, situation mondiale pas très glorieuse. Allez on finit sur une note positive : l’Internet nous a donné ces moments de partage virtuel avec des âmes jumelles. Rien que pour cela, je ne regrette pas mes 20 ans !

    • Âmes jumelles, que c’est joli ! Merci beaucoup. Bonne journée. Virginie

  10. Bouleversée par cet article…

  11. C’est très joliment dit ! Nous avons quelques années de plus que vous, mais nous nous retrouvons dans ces quelques lignes. Pourtant, pas sûr que nous voudrions revivre cet âge…malgré quelques regrets…

    • J’aimerais revivre certaines situations, quelques exaltations mais pas cet âge-là.

  12. J’ai les larmes aux yeux de te lire et le fou rire au coin des lèvres. Depuis 1982 ta plume se fait de plus en plus légère et aiguisée. Love ma Virginie. Donatella

    • Je te fais plein de bises. trop hâte que tu puisses enfin venir nous voir. V

  13. Souvenirs communs sauf me concernant la détestation du socialisme!

  14. Je suis toujours aussi touchée par tes articles… surtout ceux concernant ces fichues années qui passent trop vite… je me souviens d’ailleurs encore de celui que tu évoques « Mini me a 18 ans » et dire qu’il a déjà 3 ans!!! Diantre !
    Moi aussi, mes 20 ans 1982. Moi aussi c’était Dallas, Dynastie, pas le Bus Palladium mais le Palace…c’était ce Paris où j’étais arrivée 4 années plus tôt avec des rêves plein la tête…et que j’ai adoré dès la première année !
    Si je pouvais parler à cette Bouchine de 20 ans je lui dirais de foncer, de ne pas se laisser désarçonner, de ne pas attendre d’avoir 50 ans pour suivre ses rêves… et tout comme toi de penser à dire à ceux qu’on aime qu’on les aime et d’ailleurs de tacher de ne s’entourer que de gens qu’elle aime et qui l’aiment…
    Bisous Virginie !

    • Merci ma belle pour ces gentils mots. Et effectivement, être « bien » entourée est tellement important. Bonne journée. V

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