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Un défi? Un coup de tête? Une quête? …

Valérie, 53 ans, 1m60 pour moins de 50 kilos, pas spécialement sportive, a décidé d’aller voir le Machu Picchu.

Enfin, pas vraiment.

C’est sa fille de 21 ans, Eléonore, qui le lui a demandé :

” Je voulais faire un truc de dingue. J’avais vu un film sur le Machu Picchu. J’ai ressenti l’envie (le besoin?) d’y aller. Je voulais que ma mère m’y accompagne. Mais j’étais persuadée qu’elle me dirait non. En général, elle ne m’écoute pas. Finalement, j’ai été la première surprise qu’elle accepte!”

Et Valérie en fut elle-même plus que surprise.

” Début juin, Léo me fait cette étrange demande. Je savais à peine que le Machu Picchu se trouvait au Pérou. J’étais vraiment sidérée qu’elle veuille faire ce genre de choses avec moi. À l’époque je bossais comme une dingue. j’étais noyée sous le boulot. Mais je sentais que ma fille n’allait pas très bien. Qu’elle avait besoin de prendre du recul et plus confiance en elle. Je passe la nuit dessus. Et je me dis que jamais elle ne me redemandera un truc pareil. De partager une aventure toutes les deux. J’ai essayé de lui faire changer d’avis sur la destination après avoir réalisé que j’allais faire16 heures de voyage pour me retrouver à 4 000 m d’altitude par 0 degré dans un confort plus que précaire. NON.

Elle voulait le Machu Picchu !

Alors mère et fille se prennent au jeu. On est début juin. La working girl ne dispose comme “fenêtre de tir” que du 15 au 25 juillet. Elles passent alors des heures sur Internet à organiser le voyage. Pour qu’il ait vraiment un sens “de dépassement de soi”, elles s’organisent 3 jours de trek en altitude dans les Andes pour rejoindre la cité inca. Valérie arrête de fumer, ne boit plus une goutte d’alcool. Et intensifie sa pratique du yoga. En bonnes néophytes, elles vont s’équiper au Vieux Campeur et chez Décathlon : chaussures de compet, pantalons hyper techniques, bâtons de marche, duvets pour -15 ….

“Ma plus grande peur était de souffrir du mal des montagnes et d’avoir très mal au crâne.Je savais que cela allait être un vrai challenge autant physique que moral. Mais j’ai très vite ressenti l’importance de ce que nous allions faire. Je savais que nous en reviendrions différentes. Et c’est moi, encore plus que Léo qui en a été transformée.”

Elles s’envolent alors pour Lima. Et y passe la soirée après 13 heures de vol pour s’envoler dès 4 heures du mat dans un petit coucou vers leur première vraie étape. Première grosse frayeur pour Léo. Le vol au ras des montagnes au milieu des Andes étant plus qu’impressionnant.

Elles arrivent alors à Cuzco. La capitale de l‘Empire Inca, point de départ pour visiter la Vallée Sacrée, culmine à 3 350 mètres. Valérie et Léo pourront y faire des réserves de feuilles de coca pour soigner le mal des montagnes.

 

 

“On reste 24 heures à Cuzco pour s’adapter à l’altitude. On visite quelques sites aux alentours. Il fait déjà très très froid. Quand je pense qu’il faisait 30° en France ! Puis on commence notre ascension, notre trek en altitude sur le chemin de l’Inca, sous la pluie, pour 3 jours de marche avec 2 nuits chez l’habitant. Nous avons un jeune guide et des petits chevaux font la route devant nous avec nos petits sacs. Et là, j’ai vraiment commencé à souffrir… 

 

 

À 3 800 m, j’ai senti que je n’arrivais plus du tout à respirer. Je ne trouvais plus l’oxygène au fond de mes poumons. Chacun de mes pieds pesait 50 kilos. Léo “gambadait” devant moi. Heureusement, je pratique beaucoup la méditation. Cela m’a vraiment aidé. Je me suis concentrée : un pas après pas. J’ai vraiment été chercher la respiration à l’intérieur de moi. De toute façon, je ne voulais pas abandonner. Je ne pensais pas au danger, je voulais juste avancer. À défaut de réelle préparation physique, je m’étais préparée à cela psychologiquement. Au fond de moi, je savais que je n’abandonnerais pas. Mais je me suis vraiment sans cesse dit que j’étais complètement folle de faire cela à mon âge. Que j’étais au-delà de mes limites.

 

 

Nous avons marché comme cela pendant 3 jours. Là où il était prévu 4 à 6 heures de marche, j’en mettais le double. Il pleuvait, il y a même eu une tempête de neige. Nous avons passé 2 nuits chez l’habitant. Pas de douche et éclairage à la bougie et toujours ce froid. Une nuit, à 4 000 m, je me suis même mise à délirer. Je parlais de Mbappé (nous étions parties le lendemain de la finale de la Coupe du monde) et surtout je disais que j’allais arrêter de bosser. 

Pendant ces 3 jours, nous avons pris soin l’une de l’autre. Nous étions dans un partage total. Il fallait se soutenir. Ma fille n’était plus seulement ma fille, mais ma partenaire. C’est même souvent elle qui m’a “portée”.

Avec tout le temps une certaine forme de “béatitude” à être ensemble. 

Puis nous sommes enfin arrivées au village d‘Ollantaytambo. J’ai pu appeler mon mari. J’ai fondu en larmes !

La suite du voyage s’est avérée plus simple. Déjà parce que nous avons pu dormir dans un grand lit et prendre une douche. Tout nous semblait accueillant et joli. Une nuit de plus chez l’habitant, je n’aurais pas pu! 

Valérie et Léo vont ensuite prendre un train pour Aguas Calientes qui se trouve à 400 mètres en contrebas du Machu Picchu, puis un bus pour monter à l’ancienne cité des Incas. Elles vont même regretter de ne pas l’avoir fait à pied ! Rouler dans un vieux bus sur des routes étroites en bord de précipice = le vrai moment de peur du voyage.

 

 

Puis enfin la cité sacrée des Incas désignée comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde !

Et nous arrivons enfin au Machu Picchu. Il s’est même mis à faire beau. C’était grandiose. Quelle émotion ! Plus rien ne comptait. Malgré le flot de touristes, nous nous sentions seules au monde. De voir ma fille si heureuse, si émue…   C’était un truc de dingue. Nous nous sommes senties libérées ! Nous avions réussi ! Ce sentiment de contrat accompli était énorme “

 

 

 

“Léo y a gagné une vraie confiance en elle. J’ai fait cela pour elle. Mais je pense que c’est à moi que cela a le plus apporté”. 

Léo précise qu’elle n’a jamais autant ri de sa mère…. Mais surtout qu’elle a laissé une bonne partie de ses problèmes là-haut

“Je trouve même qu’elle s’est redressée. Tout le monde la trouve plus grande. Moi, je n’ai toujours pas repris le boulot. J’ai mes propres sociétés de production dans la télé et la musique. Je sais que je vais rebosser mais j’ai vraiment besoin de prendre une pause, de me recentrer. Je me perdais complètement. Mon ego s’est dégonflé ainsi que mon ambition professionnelle. J’ai ressenti l’envie de m’occuper des gens autour de moi. J’ai repris contact avec des amis que j’avais perdu de vue. Je me suis rapprochée de ma mère. Toute l’animosité que je pouvais ressentir à son égard s’est envolée. Je fais encore plus de yoga et me suis mise à la sculpture. Ce Machu Picchu est un vrai tournant de ma vie.

Et, j’ai même réalisé, il y a très peu de temps d’ailleurs, à quel point il m’avait aussi apporté “la sérénité de l’âge.On ne sait pas toujours comment se positionner vis-à-vis de son âge et de son désir de “rester/faire jeune”. Ce voyage m’a recadré. Je sais ce que je suis capable de faire de mes 53 ans. “.

Valérie m’a raconté son périple à la fin de cet été. Elle m’a scotchée ! J’avais très envie de vous le raconter. Alors OK, un peu sur le mode “quand on veut on peut”, mais aussi sur celui de la recherche de sens avec en décor les Andes mais aussi une belle relation mère/fille. Je vais d’ailleurs conclure avec la légende que Valérie a mise sur cette photo sur son FB.

 

 

Voir le Machu Picchu et mourir d’envie de vivre !

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